Chaque minute compte lors d'un arrêt cardiorespiratoire (ACR). Plus la reconnaissance de l'arrêt cardiaque est rapide, plus les chances de survie de la victime augmentent. Pourtant, identifier un ACR n'est pas toujours évident, notamment lorsque la victime présente une respiration agonique (gasp), souvent confondue avec une respiration normale.
C'est dans ce contexte qu'est apparue la méthode « No-No-Go » (qui vient notamment de l'ILCOR et de l'European Resuscitation Council), un protocole simple destiné à améliorer la reconnaissance précoce de l'arrêt cardiaque, en particulier lors des appels aux centres de régulation médicale.
Qu'est-ce que la méthode « No-No-Go » ?
Le principe est volontairement simple et repose sur trois étapes :
- No : la victime ne répond pas lorsqu'on lui parle ou qu'on la stimule.
- No : la victime ne respire pas normalement. Une respiration absente, irrégulière, lente ou constituée de gasps est considérée comme anormale.
- Go : si ces deux critères sont réunis, il faut agir immédiatement : alerter les secours, débuter la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) et utiliser un défibrillateur automatisé externe (DAE) dès que possible.
Cette approche permet de réduire les hésitations qui retardent souvent la prise en charge.
Pourquoi cette méthode est-elle importante ?
L'un des principaux obstacles à la prise en charge d'un ACR est la mauvaise interprétation de la respiration. Dans près de la moitié des arrêts cardiaques, la victime présente des mouvements respiratoires anormaux appelés gasps ou respiration agonique. Ces mouvements peuvent donner l'impression que la personne respire encore, conduisant les témoins à ne pas commencer le massage cardiaque.
La méthode No-No-Go rappelle qu'une respiration anormale doit être considérée comme un signe d'arrêt cardiaque et qu'elle ne doit jamais retarder le début de la réanimation. Les recommandations internationales de réanimation précisent d'ailleurs qu'une victime inconsciente qui ne respire pas normalement doit être considérée en arrêt cardiaque et bénéficier immédiatement d'une RCP.
Un outil précieux pour les centres de régulation
La méthode No-No-Go est aujourd'hui utilisée dans plusieurs centres de réception des appels d'urgence afin d'aider les assistants de régulation médicale (ARM) et les médecins régulateurs à identifier rapidement un arrêt cardiaque par téléphone.
Le protocole repose sur deux questions essentielles :
- La victime répond-elle ?
- Respire-t-elle normalement ?
Si la réponse est « non » à ces deux questions, l'appelant est immédiatement guidé vers une réanimation cardio-pulmonaire téléphonique. Des travaux présentés dans le domaine de la régulation médicale montrent que cette approche améliore la détection des ACR tout en simplifiant la conduite des appels.
Existe-t-il des limites ?
Comme toute méthode de dépistage, le No-No-Go n'est pas parfait.
En privilégiant une reconnaissance très précoce, il peut conduire à quelques faux positifs, c'est-à-dire à débuter une RCP chez une personne qui n'est finalement pas en arrêt cardiaque. Cependant, les spécialistes considèrent que ce risque est largement compensé par le bénéfice d'une reconnaissance plus rapide des véritables ACR, pour lesquels chaque minute sans massage cardiaque réduit significativement les chances de survie.
Une évolution de la culture du secourisme
La méthode No-No-Go illustre l'évolution du secourisme moderne : privilégier des messages simples, facilement mémorisables et rapidement applicables.
Pour le grand public comme pour les professionnels, le message est clair :
Une personne inconsciente qui ne respire pas normalement est en arrêt cardiaque jusqu'à preuve du contraire. Il faut immédiatement alerter les secours, commencer le massage cardiaque et faire apporter un défibrillateur.
Cette simplicité est aujourd'hui reconnue comme un levier majeur pour améliorer la survie après un arrêt cardiaque extrahospitalier.


