État du secourisme en France : où en sommes-nous vraiment ?

La technologie progresse, mais le premier maillon de la chaîne de secours reste… vous! Découvrez pourquoi la France a encore du retard en secourisme, les innovations qui pourraient sauver plus de vies, et surtout pourquoi se former régulièrement peut faire toute la différence.

Rédigé le

24/7/2026

Il y a quelques mois, nous dressions ici même un premier constat : la France accuse un retard important sur la formation aux gestes qui sauvent, loin derrière plusieurs de ses voisins européens. Un an après, où en est-on ? Les chiffres les plus récents confirment que le chemin reste long, mais ils révèlent aussi une réalité plus nuancée qu'il faut expliquer.

Des chiffres qui ne racontent pas tout à fait la même histoire

En 2018, le président de la République affichait un objectif ambitieux : 80 % de la population française formée aux gestes de premier secours d'ici la fin de son quinquennat. Plusieurs années plus tard, force est de constater que cet objectif est loin d'être atteint.

Selon la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), seules 800 000 personnes ont été formées ou initiées aux gestes qui sauvent en 2022, soit à peine 1,19 % de la population française sur cette seule année. Un chiffre qui, pris isolément, peut sembler alarmant.

Mais il faut le mettre en perspective : selon la Croix-Rouge française, environ 40 % des Français ont, à un moment de leur vie, suivi une formation aux premiers secours. La différence entre ces deux chiffres s'explique simplement : la plupart des personnes formées ne l'ont été qu'une seule fois, parfois plusieurs années auparavant. Autrement dit, la France ne souffre pas seulement d'un déficit de primo-formation, mais surtout d'un manque criant de formation continue.

C'est précisément le constat que dresse le docteur Pascal Cassan, médecin conseil national de la Croix-Rouge française : « il est urgent de repenser la formation aux premiers secours comme un apprentissage tout au long de la vie, et non comme une simple case à cocher une fois dans son existence ». Cela suppose aussi un vrai changement de mentalité collective sur la place du secourisme dans notre quotidien.

Démystifier la réanimation cardio-pulmonaire

Un autre frein identifié par les professionnels du secours est d'ordre psychologique : la peur de mal faire, ou de faire pire. Il faut rappeler que les complications liées à un massage cardiaque pratiqué par un témoin sont rares. Dans le doute, mieux vaut masser une victime que de s'abstenir. Une conviction que nous partageons pleinement chez RESCUE 34, et qui est au cœur de nos formations PSE1, PSE2 et RCP/DAE : donner à chacun la confiance nécessaire pour agir, sans hésitation, face à une situation d'urgence.

L'intelligence artificielle, nouvel horizon du secourisme ?

Au-delà de la formation, c'est du côté de la régulation médicale que se joue une autre partie de la bataille contre l'arrêt cardiaque. Les assistants de régulation médicale (ARM), en première ligne lors des appels d'urgence, parviennent aujourd'hui à identifier 8 arrêts cardio-respiratoires (ACR) sur 10, une moyenne tout à fait honorable.

La marge de progression se situe surtout dans le délai de reconnaissance : trop de questions posées avant d'identifier la situation font perdre un temps précieux, alors que chaque minute compte. Pour y remédier, on vous préconise une méthode simplifiée, la méthode « NO NO GO », qui vise à accélérer la prise de décision des régulateurs.

L'utilisation de la vidéo et de l'intelligence artificielle a fait partie des pistes sérieusement étudiées pour gagner en efficacité (étude menée à Cophenague). Les données ont démontré que l'écart constaté reste faible, et que par conséquence, même si la technologie est performante, son intégration dans la pratique quotidienne reste perfectible.

Et demain, des drones ambulances ?

Autre piste explorée par les professionnels du secours : le drone. L'idée est simple sur le papier, mais son déploiement reste un défi technique et opérationnel : un « drone ambulance » transportant un défibrillateur automatisé externe (DAE) pourrait rejoindre le lieu d'une intervention en quelques minutes seulement, bien avant l'arrivée des secours traditionnels. Équipé d'une caméra et d'un micro, il permettrait à terme aux équipes médicales de guider en direct le premier témoin sur place.

Ce dispositif n'existe pas encore concrètement en France, mais plusieurs prototypes ont déjà été testés et des essais sont actuellement en cours en Suède : ce dispositif est désormais intégré à la chaîne de secours dans plusieurs régions du pays et les études menées sont particulièrement encourageantes. Dans 67% des interventions, le drone arrivé avant l’ambulance, avec un gain de temps médian de 3 minutes et 14 secondes, pouvant atteindre 8 minutes ! Il faut rappeler que lors d’un arrêt cardiaque, chaque minute sans défibrillation réduite considérablement les chances de survie, ce gain de temps représente un enjeu majeur.

Le drone ambulance n'appartient plus au domaine de l'innovation expérimentale : il est désormais pleinement intégré à la chaîne des secours dans plusieurs régions de Suède. Les études ont démontré sa capacité à rejoindre les lieux d'un arrêt cardiorespiratoire plusieurs minutes avant les équipes médicales. L'enjeu n'est donc plus de prouver sa rapidité, mais de confirmer, à grande échelle, que ce gain de temps se traduit par une augmentation durable du nombre de vies sauvées.

La France suit ces expérimentations avec intérêt, mais elle reste en retrait par rapport à la Suède ou au Danemark. Quelques essais de transport médical par drone (médicaments, prélèvements biologiques, produits sanguins) ont été réalisés, mais il n'existe pas encore de réseau opérationnel de drones livrant des défibrillateurs lors des arrêts cardiaques comparable au modèle Suédois.

Ce qu'il faut retenir

La technologie promet des avancées réelles, que ce soit dans la régulation médicale ou dans l'acheminement du matériel de secours. Mais elle ne remplacera jamais la présence d'un témoin formé, capable d'agir dans les toutes premières minutes suivant un accident. C'est précisément cette capacité à agir vite et bien que nous cherchons à transmettre à travers nos formations.

Se former une fois, c'est bien. Se former régulièrement, c'est ce qui fait la différence le jour où l'on en a vraiment besoin.

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